entrée en matière

"Bonjour, Edouard W. des Ressources Humaines"

Ce que j'aime avec cette entrée en matière, c'est qu'elle a le don de refroidir quelque peu l'atmosphère : le sourire de mon interlocuteur se fige, les discussions autour de moi se tassent et j'ai légère mais nette impression d'être perçu comme un membre de la Stasi en train de prendre des notes. Moi, la méfiance qu'inspire ma fonction ne me dérange pas (au contraire !). Et puis, vous savez, en tant que RH, on en voit de toutes les couleurs, il y a de quoi rigoler tous les jours (ou bien pleurer parfois). Ce blog est une manière pour moi de partager toutes ces anecdotes et mes réflexions sur l'une des fonctions les plus dénigrées du monde de l'entreprise.

dimanche 1 avril 2012

Viré pour faute grave ! (1er avril ?)

Quand on parle de licenciement pour faute grave, on imagine toujours quelqu'un qui s'est fait prendre en train de piquer dans la caisse, quelqu'un qui a foutu le feu aux toilettes de l'immeuble ou encore quelqu'un qui a traité le plus gros client de la boite d'empaffé.

Et puis il y a des fautes graves ou lourdes qui sont juste incroyables, qui n'auraient dû exister que dans les comédies américaines pour ados attardés. Celle-ci est, selon moi, absolument ahurissante :
Aux derniers championnats du monde de tir au Koweïtt, Maria Dmitrienko, athlète Kazakhe, a fait la fierté de son pays en gagnant la médaille d'or. Mais l'hymne national qui a retenti au moment on lui a remis sa médaille n'était pas l'hymne officiel Kazakhe mais celui que les organisateurs ont trouvé sur internet, celui du film Borat de Sacha Baron Cohen. Si l'athlète a souri en l'entendant, je ne suis pas sûr que soit une bourde prise à la légère par les forces diplomatiques en jeu. Et j'ai la vague impression que le ou les responsables ont été virés manu militari.

Vous pouvez voir la vidéo en cliquant sur la photo de Maria Dmitrienko :
 

Pour ceux qui ne maîtrise par la langue de Shakespeare :
"L'industrie kazakhe est la plus grande du monde,
Nous avons inventé le caramel et les ceintures pour pantalon.
Les prostituées kazakhes sont les plus propres de la région,
A l'exception des Turkmènes bien sûr.
Kazakhstan, Kazakhstan, tu es un coin sympa,
Des plaines de Tarashek à la barrière nord de Villejuif,
Viens attraper le puissant pénis du leader à la base des couilles
Pour frapper son visage." (j'avoue que je ne suis pas sûr de la traduction sur ce coup-là)

dimanche 25 mars 2012

Les pissenlits par la racine

Les rayons du soleil donnaient à l'assemblée quelque peu morose un air champêtre et étrangement détendu. La brise bien qu'encore un peu vive annonçait un très beau printemps, sifflant gentiment dans les hautes branches, ne perturbant que très peu le discours du prêtre. Vraiment, si ce n'était pas pour enterrer M. Lejoit que nous avions été réunis ce matin-là, ça aurait pu être un chouette début de journée.

Je jetais un coup d'œil rapide à l'attroupement autour du trou : quelques vieilles biques en noir, deux vieux schnocks refoulant la naphtaline, trois ou quatre jeunes piquant du nez, pas grand monde en fin de compte. J'en étais même venu à me dire que ma boite avait eu raison de m'envoyer là, ne serait-ce que pour faire croire que M. Lejoit avait quelques amis.
Voyez-vous, M. Lejoit était un collaborateur de ma banque, mort sur le champ d'honneur, foudroyé par une crise cardiaque mercredi dernier à la machine à café. Ce n'était pas un type très sociable si bien que personne n'avait exprimé le souhait d'assister à son enterrement, malgré le jour de congé gracieusement offert pour l'occasion. Je m'y suis donc collé (contraint et forcé, je l'admets).
« - Alors W. ? On est à la fraîche ?
- Grégoire ? m'étonnais-je à voix basse, mais qu'est-ce que tu fous là ? »
Grégoire m'expliqua qu'en apprenant la mort de M. Lejoit avec qui il avait travaillé par le passé, il avait demandé à ses supérieurs l'autorisation de se rendre à ses funérailles.
« - J'ignorais que vous étiez proches.
- Pas le moins du monde, c'était vraiment un sale con.
- Grégoire !
- Pas étonnant d'ailleurs qu'il n'y ait pas plus de monde ce matin. Et toi ? Qu'est-ce que tu fais là ?
- On m'a forcé, le DG a trouvé que ça ne serait pas bon pour l'image de la banque si personne ne venait la représenter. M. Lejoit a quand même travaillé 17 ans pour nous.
- Et la bonne poire de service est encore et toujours Eddy Westmacott. Tu ne t'en tires pas mal cette fois-ci, c'est une belle journée de printemps pour faire l'école buissonnière.
- Mon temps libre, je préfère le passer ailleurs que dans les cimetières.
- Je ne vois pas ce qu'il te faut, c'est fleuri, c'est tranquille, bucolique même...
- Mais toi, si tu ne pouvais pas le sentir, qu'est-ce que tu fous là ?
- Jour de congé gratos ? Tu crois que j'allais laisser passer ça ?
- Tu ne bosses même pas pour notre boite, lui fis-je remarquer.
- Mais ta boite fait partie d'un groupe très généreux. Ils ont accepté de me filer ma journée pour venir.
- C'est surtout un groupe très crédule, ils ont même crus que tu avais un cœur.
- Bon, on sert deux ou trois paluches, on dit combien nous regretterons ce con de Lejoit et on se tire d'ici. T'as des plans pour cette après-midi W. ?
- Ben, je comptais retourner bosser...
- Quel fayot ! T'as vraiment dû te faire martyriser à l'école toi ! »

Nous suivîmes le programme de Grégoire à la lettre, la famille endeuillée remercia chaleureusement notre présence et nous filâmes en catimini nous installer sur la terrasse du bar PMU du coin.
« - Je n'en reviens pas que tu aies dragué la nièce de Lejoit, fis-je remarquer à Grégoire. Tu n'as aucune pudeur.
- Elle t'as parue choquée à toi ? Elle m'a refilé son numéro en moins de 10 minutes ! Si ça ne l'a pas dérangée elle, je ne vois pas pourquoi tu serais choqué.
- Pas faux.
- Il faut juste savoir profiter du moment présent Westmacott. On vient d'enterrer un mec d'à peine 55 ans ce matin, ça devrait te faire cogiter ça, non ? Carpe Diem, le temps qui file et toutes ces conneries, ça ne te vient pas à l'esprit quand on fout un autre que toi entre quatre planches de sapin ?
- Et le respect du défunt ?
- A la mémoire de M. Lejoit, dit-il en levant son verre, collaborateur émérite de ta boite de merde qui s'est sentie obligée d'envoyer un émissaire des RH pour la représenter, que c'est triste.
- A M. Lejoit.
- Faux cul, va ! Je suis sûr que tu ne connais même pas son prénom.
- Je ne pouvais pas le blairer non plus », reconnus-je avant d'engloutir une grande rasade de bière bien fraîche.
En fait, nous avons passé une après-midi plutôt agréable en soi. Nous avons, il est vrai, écumé plusieurs bars mais sans jamais exagérer sur les quantités d'alcool (enfin, pas d'après le peu que je me souvienne). Bien sûr, la mort récente de M. Lejoit nous a régulièrement entraîné sur des sujets déprimants et nous a fait jurer à plusieurs reprises de bien profiter de la vie (tout en maudissant nos entreprises respectives).

Le lendemain, un mal de crâne lancinant me faisait regretter le déroulement de ma journée de repos.
« - T'as une sale gueule, me fit remarquer Patricia avec son amabilité habituelle. C'était si difficile que ça l'enterrement de Lejoit ?
- Bof,
- T'as a intérêt à être d'attaque ce matin, le boss veut que tu trouves rapidement un remplaçant pour Lejoit.
- Un remplaçant ?
- Ben oui, tu croyais quoi ?
- C'est... c'est...
- Ô ça va, nous fais pas ta chialeuse. C'était pas une si grande perte que ça le père Lejoit je te rappelle. »
C'est idiot à dire, mais bien que j'ai été à son enterrement, ce n'est qu'à ce moment précis que j'ai vraiment réalisé le caractère définitif ce qui s'était passé la semaine dernière.
M. Lejoit, j'ai vu son cercueil de mes propres yeux mais il m'a fallu avoir entre les mains le formulaire ouvrant son remplacement au sein de notre entreprise pour réellement concevoir sa mort. Evidemment, la banque continuerait à vivre sans lui (peut-être même mieux aux dires de ses responsables), M. Lejoit et sa mort tragique à la machine à café seront vite oubliés en fin de compte (enfin, pas pour Mlle Beccolini qui l'a retrouvé dans une marre de café froid, je ne crois pas qu'elle sera prête de les oublier). Si vous trouvez que nous sommes bien peu de choses, dites-vous que dans le monde impitoyable de l'entreprise, c'est encore pire : un rouage, aussi gros soit-il, ça se remplace rapidement.
Je n'aime pas l'admettre mais dans le fond, c'est Grégoire qui a raison. Il profite du système, à grappiller des jours de congé en prétextant présenter ses derniers hommages à un macchabée. Ces quelques bières et ce numéro de téléphone échangé sont bien peu mais c'est toujours ça de pris et peut-être qu'il sera celui d'entre nous qui aura le moins de regret quand une attaque cardiaque nous terrassera à la machine à café du bureau...


Comme disait Ronsard : «Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie ».
Tant que ce n'est pas des pissenlits...

jeudi 8 mars 2012

Les 10 questions les plus débiles qu'on peut vous poser en entretien d'embauche 4/10

La question déstabilisante par nature : « Etes-vous vierge ? »

Mmmh, la question déstabilisante par nature, celle à laquelle on ne s'attend pas, celle qu'on ne devrait jamais entendre sur un lieu de travail (à dire vrai, de l'autre coté de l'Atlantique, le recruteur aurait rapidement un procès au cul pour harcèlement sexuel). Mais que peut-il bien se passer dans la tête du RH pour ne serait-ce qu'imaginer poser ce genre de question ?
Soyons clairs, si un recruteur vous pose cette question, ce n'est pas parce qu'il est intéressé par la réponse (enfin, si c'est le cas, reportez-vous à l'article "Faut-il coucher pour réussir") mais parce que la question déstabilisante devrait normalement lui permettre de vous observer hors du cadre formel de l'entretien. En entendant cette question, vous serez obligé de faire preuve d'imagination, de répartie et de flexibilité pour ne pas perdre la face, qualités nécessaires sur certains postes (commerciaux, négociateurs...).

Que faire dans ce cas ?
Ne pas s'outrer, lui retourner une gifle ou bredouiller pendant vingt minutes en essayant de comprendre comment un recruteur peut oser vous poser cette question. Non, vous devez répondre de la manière la plus naturelle possible, comme si cette question n'était pas dérangeante en soi et surtout, montrer que vous êtes capable de faire face à n'importe quelle situation, aussi gênante soit-elle.
La réponse ?
Évidemment, vous ne devez pas répondre par oui ou par non et encore moins donner des détails. Vous n'êtes pas sur le divan d'un psy et, oui, cette question et la réponse attenante sont définitivement déplacées : « Vous savez, j'ai perdu ma virginité en septembre 1987 avec la fille du voisin, Justine Lecoin, une petite brunette un peu moche mais ouverte d'esprit ».
La meilleure réponse à apporter est une autre question. Demandez à votre interlocuteur de se prononcer un petit peu plus sur le sujet (ce qui vous permettra d'éliminer définitivement la possibilité que la réponse sexuelle à cette question puisse intéresser le recruteur) : « Vierge de quoi ? Du secteur d'activité de votre entreprise ? »
On m'a dit une fois que la réponse parfaite était : « Je ne suis pas Vierge, je suis Capricorne ascendant Poissons ». Alors là, c'est vraiment faire preuve d'une sacrée répartie et ça peut en boucher un coin au type qui se sent si malin de vous poser cette question déstabilisante. Mais honnêtement, je ne sais pas si, à moins de connaître la réponse en avance, quelqu'un aurait pu y penser.

mercredi 29 février 2012

Les niches organisationnelles et le syndrôme du "service chameau"

Karim a la chance de travailler dans une entreprise en plein essor, jeune et dynamique : une entreprise de télé-marketing. L'un des principaux avantages à travailler dans une structure en plein développement, c'est que tout est à construire, l'un des principaux inconvénients, c'est que les ¾ de ce qui est construit est bancal comme pas permis.

Dans l'entreprise de Karim, si l'ensemble peut paraître cohérent et réfléchi au premier abord, on se rend vite compte que toute l'organisation est gangrénée par une multitude d'exceptions et niches, de petits espaces de liberté totale, véritables no-man's land créés à un moment donné afin de répondre à un besoin précis ou résoudre un problème à très court terme. Le hic, c'est qu'une fois la situation résolue, la niche est restée et est devenue pérenne, mettant à l'abri ceux qui ont réussi à s'y engouffrer.

Parmi ses niches en existe une que Karim à appelée le syndrôme du "service chameau", le "service chameau" étant un service à deux boss (à l'inverse du "service dromadaire" qui, on le suppose, n'aurait qu'un seul boss).

Pour en comprendre les origines, il faut rappeler que l'entreprise de Karim, comme beaucoup de structure, vit au fil de rachats, de fusions et de réorganisations internes mensuelles. Dans un tel chaos permanent, il devient donc très difficile pour les têtes pensantes de ne pas considérer les collaborateurs comme des pions que l'on déplace à sa guise, au fil des problématiques courantes. Ce fut le cas pour M. Martin : Ne sachant pas quoi faire de M. Martin lors de la précédente réorganisation, les directeurs n'ont rien trouvé de mieux que de le positionner en tant qu'adjoint auprès d'un Responsable qui n'en avait pas vraiment besoin. Karim s'est donc retrouvé avec un adjoint à ses côtés, sympathique au demeurant, mais qui ne devait son poste et son salaire qu'au manque de place dans d'autre secteur de l'entreprise. Tout le service a dû se réorganiser pour intégrer cet échelon supplémentaire, l'organisation créant ainsi du travail là il n'était pas forcément nécessaire. Qu'à cela ne tienne, il y a des situations auxquelles on ne peut rien faire que subir.
Mais le système a pu montrer par la suite son visage foncièrement perverti : quand l'Adjoint a donné sa démission, les têtes pensantes n'ont rien trouvé de mieux que d'imaginer que son poste était absolument nécessaire et qu'il fallait donc le remplacer. Karim a beau leur avoir expliquer par A+B que le remplacement de M. Martin était complètement inutile, le mal était fait ; le poste et la niche qu'il représente sont donc devenus pérennes par la force des choses, cqfd.

lundi 6 février 2012

Du galon mon cochon !

Le début d’année est un moment propice pour les promotions et autres signes extérieures de reconnaissance : augmentation (du flouze !), changement de statut (je deviens cadre ! Chouette mes cotisations augmentent !), formation ou séminaire (de la glandouille avec du pinard à volonté pendant deux jours !), changement d’intitulé de poste (je me distingue de la masse), nouvelles responsabilités (beuh L, du boulot en plus)…

Les moyens dont dispose une entreprise pour reconnaître les mérites d’un employé modèle sont nombreux et variés mais ils ne sont efficaces qu’à une seule et unique condition : que le principal intéressé aie bien compris le message sous-jacent et l’immense honneur qui lui a été fait. Le message passe donc mieux avec les répliques suivantes :
-         « Je me suis battu pour que tu obtiennes ceci »
-         « Toute la direction a estimé juste que cela te soit accordé »
-         « C’est passé de justesse mais je suis heureux de pouvoir t’annoncer que… »
-         « C’est un moyen pour nous de reconnaître ton potentiel au sein de l’équipe »

Et du coup, les principaux intéressés qui ont bien intégré le message (il y en a qui sont toujours un peu plus longs que les autres à la comprenette) se sentent pousser des ailes puisque, ne l’oublions pas, on vient de leur faire comprendre qu’il font désormais partie de la crème de la crème, le top du top, le gotha de l’entreprise.

Et quoi de plus agréable que d’avoir à supporter la morgue méprisante et le sourire en coin de ceux dont on a reconnu le talent au plus haut niveau, de ceux qui, portés par la gloire, ne peuvent que se sentir supérieurs aux péons vulgaires, à la masse grouillante et puante, aux autres mecs du bureau quoi !

C’est un bonheur sans nom, un bonheur encore plus appréciable quand on sait que cette promotion est probablement due à l’ancienneté, au hasard, à des négociations syndicales acharnées ou encore à une exécution pleutre de versets absconses et bureaucratiques d’une convention collective. Je sais de quoi je parle, dans mon long parcours de RH, j’ai vu plus d’une fois un mec gagner du galon, de l’argent ou un statut qu’il ne méritait pas vraiment, il avait juste eu la chance d’être là, au bon moment.
Dernier exemple en date : les accords d’égalité Hommes / Femmes. Ils sont tout à fait honorables sur le papier, mais quand on sait qu’une collaboratrice aux compétences moyennes par rapport aux autres a obtenu le statut de Cadre uniquement dans le but de rééquilibrer le ratio de représentants des deux sexes aux postes de cadre, il y a de quoi se poser des questions sur les fondements de cette manœuvre.

Bon, n’allez pas imaginer que ces quelques lignes soit l’expression d’une quelconque aigreur ou jalousie de ma part, bien au contraire ! Je serais le premier ravi de voir mes collègues feignants et incapables gagner en salaire ou en responsabilité (bon, j’avoue, je maîtrise moins bien l’ironie que le sarcasme). C’est juste qu’en tant qu’observateur externe à un service, j’ai pu observer cette autosuffisance insupportable et injustifiée à de trop nombreuses reprises. La collaboratrice en question, enorgueillie de son tout nouveau statut, s’est mise à considérer certaines taches trop peu valorisantes pour un Cadre et s’est donc permise de les déléguer à ses pairs non cadres. Elle a carrément imposé une frontière virtuelle à ses collègues, quitte à attiser cette colère aux yeux verts qu’est la jalousie. Bref, elle a foutu le feu au service et s’est fâchée avec tout le monde.

Et que peuvent faire ses collègues pour lui rabattre son caquet ? Ben, pas grand chose…