entrée en matière

"Bonjour, Edouard W. des Ressources Humaines"

Ce que j'aime avec cette entrée en matière, c'est qu'elle a le don de refroidir quelque peu l'atmosphère : le sourire de mon interlocuteur se fige, les discussions autour de moi se tassent et j'ai légère mais nette impression d'être perçu comme un membre de la Stasi en train de prendre des notes. Moi, la méfiance qu'inspire ma fonction ne me dérange pas (au contraire !). Et puis, vous savez, en tant que RH, on en voit de toutes les couleurs, il y a de quoi rigoler tous les jours (ou bien pleurer parfois). Ce blog est une manière pour moi de partager toutes ces anecdotes et mes réflexions sur l'une des fonctions les plus dénigrées du monde de l'entreprise.

dimanche 25 novembre 2012

Un conseil, changez de nom...

Vous n'avez pas idée du nombre de candidat au nom marrant qu'un RH peut être amené à contacter. Et vous n'avez pas idée à quel point il peut être difficile de contacter ces même candidats sans jamais perdre son sérieux. Contacter M. Hanus ou Mlle Salaupe sans se marrer peut s'avérer l'une des expériences les plus éprouvantes de toute une carrière. Sans compter que, dans ce cas précis, tous vos collègues vous espionnent avec attention, retiennent leur souffle et répriment leur sourire en espérant avec gourmandise le moment où vous allez craquer et pouffer de rire à votre tour.

Quand j'étais stagiaire dans un cabinet de recrutement, nous avions même monté un concours hebdomadaire sur ce sujet. Chaque participant devait récolter 10 CVs aux noms poilants, le premier à avoir atteint ce but pouvait imposer à la personne de son choix d'appeler les dix candidats devant tout le reste de l'équipe (ne nous jugez pas, il fallait bien que nous trouvions un but à nos mornes journées).

Question « noms à se dilater la rate », il y en a plusieurs catégories :

- Nous passerons vite sur les noms imprononçables avec des mentions spéciales pour les noms sans voyelle ou ceux au nombre de syllabe incalculable. Pour parvenir à contacter ces candidats, on peut se faire couard et éviter de prononcer leur nom de toute la conversation (ça n'est pas aussi difficile que cela n'y paraît) ou on peut s'entraîner avant. Sachez que cette dernière option peut s'avérer assez dangereuse mais, même si elle est à moitié réussie, elle sera très flatteuse pour votre interlocuteur.

- Il y aussi les prénoms asexués qui laissent toujours une surprise au recruteur. La plupart du temps, nous recherchons des indices sur le CV : il y a un « e » à « Chargée », c'est une femme, il joue au foot, c'est un homme. Ben c'est pas si évident que ça... Une fois, j'ai contacté Dominique Martin, candidat qui pratiquait la boxe thaï et lisait Marc Lévi avec passion. Malgré le long échange téléphonique que nous avions eu, j'étais bien incapable de déterminer si Dominique Martin était un homme ou une fumeuse de gitanes.

- Les prénoms et les noms légèrement connotés sont aussi bien marrants. Que dire de ce pauvre Chef de projet MOA nommé Jacques Daniel, de cette assistante de direction appelée Sue Helen Desforges ou de ce commercial d'origine espagnole appelée Jesus Hernandes ? Des fois, ça tombe à point nommé. En pleine affaire Strauss-Khan/Diallo, j'ai eu la chance de recruter une Nafissatou (alors je n'en avais jamais rencontré auparavant !).

L'un des plus beaux moments de la carrière d'un recruteur, c'est le jour où, alors qu'il s'y attend le moins, il fait un doublée (ou encore mieux, une triplette) : il parvient à recruter dans un laps de temps assez court deux ou trois candidats au nom poilant et lié entre eux. Ça, ça vous remplit d'une fierté incommensurable, ça fait de ces histoires que l'on raconte avec délice à ses petits enfants un soir d'hiver au coin du feu, de ces anecdotes piquantes qui, atour d'une bouteille de champagne, font briller en soirée. Une de mes anciennes collègues répétait avec fierté que, la même semaine, elle avait pu recruter Mme Annie Bar et M. Lespenisse. Elle m'a même avoué à demi-mot qu'elle avait infructueusement insisté auprès d'un manager pour recruter Mme Annick Nique histoire de réaliser un triplé. Cela reste un de ces plus gros regrets de sa carrière.

samedi 27 octobre 2012

Breve de RH 10 - Ayé !


Comme tout recruteur qui se respecte, j'ai pour habitude d'envoyer une réponse négative à tous les candidats qui ont postulé sur une de mes offres et dont le CV n'a pas été retenu. C'est bien évidemment un e-mail standart, un peu impersonnel mais il a le mérite d'exister (ce qui n'est pas toujours le cas).
 
Il n'est pas rare que les candidats y répondent, et, là aussi, je reçois un peu de tout. Cette fois-ci, j'ai été un peu supris, l'e-mail était bref et allait droit au but :
 
"Merci mais ç'ayé, j'ai trouvé."
 
Au moins, ca m'a conforté dans mon choix...

dimanche 21 octobre 2012

Do you speak l'anglois ?

Bon, je ne suis sûrement pas le premier à me plaindre de l'utilisation à outrance de termes anglo-saxons dans le milieu professionnel (mais comme je ne serais pas le dernier non plus, je ne vais pas me gêner). Il faut savoir qu'habituellement, je ne suis pas réfractaire aux anglicismes, j'en utilise même un sacré paquet.

Bon nombre d'entre eux sont même indispensables à mes yeux puisqu'ils traduisent rapidement et efficacement une idée, un concept qui tiendrait difficilement sur une seule phrase en langue française. Vous désirez des exemples concrets ? Parlons Brainstorming (réunion durant laquelle chacun exprimera ses idées sur un sujet sans aucune limite), Googleliser (aller faire des recherches sur internet), Smartphone (téléphone portable disposant des mêmes fonctionnalités qu'un ordinateur), Jet-set (diaspora futile de gens aux goûts dispendieux et aux tendances exhibitionnistes), Cloud (ben, celui-là, je sais qu'il veut dire « nuage » mais je n'ai toujours pas compris à quoi il faisait référence sur internet...).

Mais peut-être deviens-je plus vieux et plus aigri (ou plus con), j'avoue avoir des difficultés avec l'utilisation à bâtons rompus de termes anglois qui bénéficient de traductions françaises parfaitement acceptées par le commun des mortels. L'autre jour par exemple, un des responsables (Manager) de ma banque me tint à peu près ce langage :

- Alors Édouard, le recrutement de mon nouvel intern? C'est dans le pipe?
- Ton stagiaire ? Oui, c'est en cours, lui répondis-je (surtout, face à de genre d'énergumène à l'anglicisme galopant, il ne faut jamais se démonter, tenir bon et lui montrer que tous les termes qu'il emploie existent aussi en langue française).
- Non parce que j'ai une To-do longue comme le bras à lui confier. (haha! Le piège est simple, tout le monde utilise ce terme parce que sa traduction française fait ringard, ne pas flancher surtout !). Parce que dans ma team, on a plein de projets pending...
- Heu... (Houston, we have a problem! – je pense avoir saisi le sens de sa phrase mais je n'ai pas compris tous les mots qu'il utilise, des gouttes de transpiration me coulent le long de l'échine, il ne faut surtout pas perdre pied).
- Tu me shooteras le draft de l'annonce, je te ferais un feed-back comme ça tu pourras l'up-dater asap sur les sites des écoles.
- Bien sûr, tu peux compter sur moi (mayday, mayday! J'y vais au bluff, avec un peu de chance, ça peut passer comme une lettre à la poste). L'important, c'est de trouver un candidat High Profil (Arrgh, ce blaireau m'a contaminé!).

A croire qu'habilement glissés dans une conversation, ces barbarismes linguistiques étrangement connotés donneront au pécore qui les utilise l'aura d'un jeune cadre dynamique et l'allant d'un High Potentiel fraîchement débauché d'un des Big Five (un bon anglicisateur utilise également moult majuscules et des termes que seuls les initiés peuvent comprendre, comme des simili-private joke si vous préférez...).

Et bien c'est malheureusement exact : une confcall fait irrémédiablement plus punchy et plus efficace qu'une bête « conférence téléphonique ». De même, le planning a remisé le bon vieux programme au placard et l'affable ASAP a pris le pas sur le trop autoritaire « au plus vite »... Utilisés avec parcimonie, les anglicismes donneront à vos interlocuteurs l'illusion que vous êtes le plus compétents des compétents, The challengeur de demain, que vous maîtrisez votre sujet et que vous pourrez en prendre le lead, fingers in the nose. Vous voulez que je vous dise ? c'est avec des conneries comme ça qu'on se retrouve avec des petits trou-du-culs (ou asshole pour les puristes) avec bien plus de responsabilités que leur petit cerveau étroit est capable d'assumer.

Personnellement, pour ne pas perdre de ma superbe face à mes candidats ou à mes collègues, j'essaye d'améliorer quotidiennement mon franglais et de me tenir au courant de toutes les nouveautés linguistiques qui nous entourent (je m'update quoi!). Quand je pense qu'avant, pour ne pas avoir l'air ringard, il suffisait de ne pas porter de cravate avec des chemisettes, de ne pas s'appeler Barnabé ou Jacqueline, d'éviter les costumes jaune moutarde et les blagues sexistes en réunion. Maintenant, il faut savoir :
  • ce que c'est qu'un run-off, un staffing plan ou un deal-breaker
  • utiliser à bon escient dans ses e-mails les acronymes FYI, LMK ou BTW
  • switcher les usuels termes chauvino-passéistes pour leurs équivalents trendy, une réunion devient un meeting, un délai une deadline et accord un Go.

Loin de tout réalisme économique, le mythe de la réussite à l'américaine a encore la peau dure dans les entreprises françaises. Mais si j'en crois le développement irrémédiable de l'hégémonie chinoise de par le monde, j'ai hâte de voir ce à quoi ressembleront nos conversations professionnelles dans vingt ans.

samedi 15 septembre 2012

Breve de RH 9 - Always Coca Cola...

Après avoir installé mon candidat dans une salle de réunion, je lui propose une boisson fraîche, ce qu'il accepte volontiers étant donné la chaleur ambiante.
 
Je pense qu'il a dû regretter d'avoir choisir une cannette soda quand, alors que je venais de lui demander de me parler de sa dernière expérience porfessionnelle, il lâcha un monumental rot.
 
Sans se déballonner (et, cependant, le visage devenu rouge brique), le candidat répondit à ma question, la voix à peine chevrotante. Le plus dur pour moi a été d'essayer de ne pas rigoler, je crois que je me suis mordu l'intérieur des joues jusqu'au sang.

mercredi 18 juillet 2012

Peut-on coucher avec un/une collègue de travail ?

Depuis plusieurs mois déjà, Grégoire me tannait sans relâche pour je l’invite à nos petites soirées impromptues et que je lui présente certains de mes amis. En tant que célibataire de type chasseur-cueilleur boulimique, il était fort intéressé par Béatrice dont il avait pu apercevoir la photo sur mon profil Facebook. En tant qu’amateur de matériel pornographique et admirateur du travail des acteurs de ce milieu, il souhaitait ardemment rencontrer Quentin, mon ami hardeur professionnel.

Sachant qu’à un moment ou à un autre, je serais dans l’obligation de lui présenter les cibles de toutes ses attentions, je me suis résigné à l’introduire à mon cercle restreint d’amis, espérant secrètement qu’il ne les offusque pas tous d’un coup.

Les premiers échanges furent un peu frais. Il faut dire que je n’avais pas prévenu Grégoire qu’il rencontrerait Béatrice et Quentin en même temps, l’obligeant par-là même à jongler entre ses deux objectifs : draguer Béatrice et récolter le maximum d’informations sur le secteur du porno. Malheureusement pour lui, ses questions insistantes et détaillées posées à Quentin l’ont définitivement grillé auprès de ladite Béatrice : l’étiquette « gros dégueulasse mateur de porno » était désormais et irrémédiablement collée sur son front.

« - En fin de compte, tu as couché avec combien de filles ? finit-il par lui demander, retenant à peine ses jambes de sautiller d’excitation.
- Je n’ai jamais compté, répondit Quentin, un sacré paquet on peut dire j’imagine. Mais tu sais, les actrices avec lesquelles j’ai pu tourner ne m’ont pas toutes laissé un souvenir impérissable.
- Mais je suis sûr qu’il y en a certaines dont tu te souviens bien, répliqua-t-il d’un ton concupiscent, grillant dès lors le peu de chance qu’il lui restait de conquérir Béatrice.
- Oublie ça, sur un tournage, nous ne sommes pas dans ce type de rapport, ces actrices sont comme des collègues de travail.
- Ben quoi ? Je couche aussi avec mes collègues de travail. »
Inconsciemment, je me mis à penser à la sexagénaire décrépite qui travaillait avec Grégoire et un violent frisson me parcourut l’échine.
C’est un fait, quand on parle de sexe, Grégoire n’a pas plus de morale que de beurre au cul - enfin, selon les rumeurs qui courent dans la banque, il en aurait eu lors de certaines soirées du personnel bien arrosées (du beurre au cul, j’entends, pas de morale). Il est difficile pour lui d’imaginer que Quentin, amené à avoir des relations sexuelles avec toutes ses collègues, n’en tire en fin de compte que peu de satisfaction personnelle. Mais toute cette incompréhension reporte en fin de compte à une question bien précise, une question à laquelle chacun y répond selon ses propres convictions : Peut-on coucher avec un/une collègue de travail ?

A cette question difficile, les réponses divergent :
- Non ! Voilà a priori ce que répondrait toute personne bien pensante. D’une relation entre collègue ne peut découler qu’une foule de problèmes et d’emmerdes compliqués, c’est évident.
Mais cela reviendrait à nier le fait que l’entreprise est avant tout un lieu social donc un lieu de rencontre et d’échange au sein duquel les relations humaines peuvent s’épanouir, qu’on le veuille ou non. Après tout, les tensions sexuelles sont un facteur dont il faut tenir compte dans la gestion d’une équipe, tout manager avisé vous le dira : recrutez une bimbo délurée dans une équipe masculine et vous risquez de voir tous vos collaborateurs jouer à qui pisse le plus loin (c’est le syndrome de « la guerre des coqs », nous y reviendrons peut-être un jour).

- On verra quand vous serez confronté(e) à la situation… On ne sait jamais quand l’amour frappera à notre porte et il faut savoir saisir l’occasion, vous aurez bien le temps de vous poser des questions le moment venu. Bref, en fait, vous êtes méga open.

- Oui mais sans amour. Le sexe entre collègues répond aux mêmes règles que le sexe entre amis : on se met d’accord sur les différentes modalités en amont, on ne dit rien à personne et on ne s’engage à rien. Soyons honnêtes, il n’y a bien souvent qu’un seul des deux qui respectent ces règles et la situation peut vite exploser à la gueule des participants.

- Oui mais avec engagement et ouvertement ! En gros, vous signez un CDI sexuel, tout le monde doit être au courant pour rapidement couper l’herbe sous le pied aux rumeurs et à la suspicion de favoritisme. Sur le papier, c’est bien joli mais dans le fond c’est une solution aussi bancale que le « Non » radical.

- Oui, c’est même recommandé !!!
Non mais dans quelle boite travaillez-vous ?

lundi 2 juillet 2012

Et surtout, bonne continuation !

Visiblement, démissionner est une des expériences les plus exaltantes que l'on puisse être amené à vivre. A en croire les différents collaborateurs qui se sont présentés à moi avec un sourire béat et une expression d'euphorie limite orgasmique, déposer sa lettre de démission est un bonheur digne des hédonistes les plus délurés.

Malheureusement, cette expérience m'est tout compte fait assez rarement arrivée. Mes contrats sont arrivés à leur terme, j'ai été licencié (pour raison économique, je précise), j'ai même rompu une période d'essai mais je n'ai jamais réellement quitté un job (enfin, le temps où j'étais caissier à Auchan ne compte pas). Et je sens que cette expérience me manque, je sens que, pour le moment, je suis passé à coté de quelque chose dans ma vie professionnelle, quelque chose qui me permettrait d'être pleinement connecté avec ces gugusses qui me serrent la main chaleureusement et à qui je dis à tous sans exception : « Et surtout, bonne continuation ! »

Certains de mes amis de bar ont connu ce plaisir immense, certains plus que d'autres d'ailleurs. Béatrice est évidemment celle à qui cela est le plus arrivé.
« - En fait, parfois, tu ressens un tel sentiment de libération, décrivit-elle quand je l'interrogeais sur la question. Tu as presque l'impression de frôler le Nirvana. Par contre, ce n'est pas une sensation qui dure très longtemps.
- Pourquoi donc ?
- Ensuite vient l'angoisse. Tu sais ce que tu quittes, mais tu ne sais jamais ce que tu vas avoir. En plus, à partir du moment où tu as déposé ta démission, tu te rends compte que tout ce qui t'entoure, tout ce faisait ton quotidien, fait désormais partie du passé.
- En fait, tu deviens nostalgique ? demanda Louise qui, elle non plus, n'avait jamais démissionné.
- C'est plus que nostalgique, c'est presque mélancolique, tu ressens du spleen. Tu as l'impression que tout ce qui t'entoure est mort en fin de compte. Tous ces collègues avec qui tu avais sympathisé, qui n'étaient pas forcément devenus tes amis et lesquels, tu le sais pertinemment, tu ne reverras jamais. Ces petites choses du quotidien qui sont si rassurantes, le café, la pause-clope, les réunions, c'est fini ! Et même s'il y en a encore, ce n'est pas vraiment la même chose puisque tu t'en vas.
- Comme une petite mort. Je n'avais jamais vu ça sous cet angle.
- Les personnes que tu as à peine côtoyées gagnent de l'attrait à tes yeux puisque tu sais que tu ne les reverras plus jamais, et comme tu ne fais plus partie de leurs relations professionnelles, ils deviennent plus amicaux, plus sociables. Et là, ça t'arrive même de regretter de partir.
- Mais le moment où tu présentes ta démission à ton boss ?
- Ca, c'est le meilleur, surtout si tu ne peux pas encadrer ton boss. C'est un sentiment décuplé si tu sais qu'il est dans la merde sans toi. Puis, petit à petit, tu te détaches, tout à moins d'importance. Et même les plus gros chieurs de monde semblent se perdre dans le brouillard. Tu as raison, c'est une petite mort. Partir, c'est mourir un peu, non ? Et bien là, avec ton préavis, c'est comme si tu te savais condamné, plus rien n'a vraiment d'importance, tu as même envie de faire la paix avec ceux qui t'ont tant cassé les pieds. »

J'essayai vaguement de visualiser la situation pour moi-même. Je savais que mes petits tracas quotidiens prendraient une autre dimension si je démissionnais, même ma collègue Patricia qui tape tant sur le système aurait bien des difficultés à me rendre la vie impossible si jamais je déposais mon préavis.
« - Ca doit être exaltant...
- J'ai vu un documentaire sur les transes des moines tibétains une fois, ça y ressemblait un peu. Toutes proportions gardées, bien sûr. »

Après ce bref échange d'expériences, un sentiment étrange m'envahit tout le reste de la soirée. Tel un navigateur fanatique qui, dans une taverne sans nom des faubourgs de Jakarta, a vaguement entendu parler d'un Eldorado vierge et ruisselant d’or et d’opales, une idée fixe s’était incrustée dans mon esprit : j'avais envie de goûter à cette sensation tant exotique qu’extasiante, je voulais moi aussi me soûler à cet hydromel si libérateur, de vivre l’expérience professionnelle ultime, j'avais envie de démissionner.

J’imaginais déjà le visage décomposé de mon responsable me suppliant à genoux de revenir sur ma décision, me proposant de réévaluer mon salaire ou de me nommer Adjoint. Je voyais également le visage rongé par la jalousie de ma collègue, les yeux dévorés par la haine et la convoitise et la tête résonant de cette question si cruelle « Pourquoi lui et pas moi ? ».
Je voulais organiser un pot de départ et inviter tous les collaborateurs de mon entreprise tout en espérant que la majorité d’entre eux ne se déplace pas.
Je visualisais déjà mon discours d’adieu, officiel, rond et consensuel. Et je visualisais un autre discours intime, sulfureux, sans détour, sans compromis, sans pitié, un discours qui réglerait toutes mes ardoises, un discours que je ne lirais qu’à mes compagnons de galère dans le troquet situé en face, parterre trié sur le volet de fidèles parmi les fidèles, pessimistes, mauvais et avides de m’imiter.
Je convoitais le coffret cadeau peu original (un dîner à deux, une dégustation de vin ou encore une nuit dans un tipi) que je déballerais devant tous tout en exprimant avec peu de conviction ma surprise et ma joie.
Puis il y avait ce dernier jour, le plus savoureux, celui des au revoirs et des adieux, celui où l’on solde sa carte de cantine et où, à chaque « à demain » prononcé, vous répondez un sourire irrépressible en coin « Ha non, pas à demain, c’est mon dernier jour ».


Et surtout, surtout, je voulais être celui à qui l’on dit sans trop y croire « bonne continuation ».

samedi 9 juin 2012

Brève de RH 8 - à la folie, passionnément !

Une fois n'est pas coutume, c'était moi le candidat. A la fin du processus de recrutement, je n'ai pas été retenu et voilà la raison invoquée par le recruteur au téléphone :

"Nous n'avons pas ressenti chez vous une passion absolue pour ce métier."

Sur le coup, je n'ai pu qu'acquiescer tant j'étais abasourdi par la force des mots utilisés.

jeudi 24 mai 2012

"Le chef, c’est celui qui sait" ou "Comment transformer une palourde en Roi du monde ?"


Sa majestée Parloude IV

Il y a plusieurs façons d’imposer son autorité sur une équipe, le leadership naturel étant probablement la meilleure. Mais le leadership naturel est tout compte fait une denrée assez rare dans nos entreprises, nous ne sommes pas tous nés avec l’âme d’un chef en puissance, imposant le respect d’un œil sec, suscitant l’adoration d’une seule flatterie ou d’une caresse bien placée (entendez « caresse » dans le sens générique du terme !).

Il existe donc d’autres leviers pour permettre à une palourde anémique d’incarner le mâle Alpha malgré un niveau de charisme proche de celui du vers solitaire. L’un des plus usités d’entre eux est aussi le plus dangereux : le secret.

Nous connaissons tous le lieu commun : « Savoir c’est pouvoir », dixit le philosophe anglais Francis Bacon ou le poète perse Ferdowsî  … bon, je ne fais pas mon fier, avant une rapide recherche sur Google, je n’avais qu’une vague idée de qui pouvait être Bacon (du jambon à l’américaine ?) et même jamais entendu parlé de Ferdowsî (une marque de fromage allégé ???). C’est vrai, savoir, être au courant de tout et tout connaître c’est pratique pour gouverner.

Mais être le maître du secret, c’est encore mieux :

-         Ca vous donne un sacré avantage par rapport aux autres. Et le but final pour le Chef en mal de reconnaissance managériale, c’est bien de se démarquer de ses collaborateurs et d’appuyer une différence parfois peu tangible voir inexistante. Une fois cette différence bien établie dans l’esprit de chacun, la position du chef n’est plus remise en question.
Dans cette tactique du secret, la différence réside dans le fait que le chef et lui seul est dans le secret des Dieux (sous-entendu que par rapport aux autres, lui seul le mérite réellement).

« Quoi, tu n’es pas au courant de cette dernière réorganisation, misérable plancton que tu es ? Moi, le chef incontestable, je sais ».

-         Ca vous permet également de vous rendre indispensable aux yeux de vos collaborateurs. La palourde anémique qui a du mal à se faire reconnaître par ses équipes aura tendance à tout faire pour créer l’illusion que sans lui, le service ne peut pas tourner. Concrètement, elle aura tendance à ne pas mettre à disposition de ses collaborateurs toutes les informations nécessaires au bon fonctionnement de l’équipe. Notez, plus ses collaborateurs sont intelligents ou autonomes, plus le tenant du secret sera prudent et économe.
Certes, c’est contre-productif, mais sa position dans l’organigramme ne sera pas remise en cause, et dans le fond, c’est ça qui compte, non ?

« Comment ? Tu ne peux pas avancer sur ce dossier sans cette information primordiale ? Mais on dirait que tu as besoin de l’aide de ton chef mon ami… »

-         Ca vous permet de créer des distinctions bien appréciables  entre vos collaborateurs : « diviser pour mieux régner ». La palourde anémique distribue l’information au compte goutte et de manière inégale, le secret étant source de pouvoir, elle l’utilisera aussi comme récompense, distillant insidieusement son modèle hiérarchique au sein de ses équipes, créant de la jalousie et des divergences internes lui permettant d’assoire plus facilement son pouvoir.

« Bon, ça reste strictement confidentiel, d’accord ? Je ne veux pas que ça s’ébruite pour le moment, ce serait trop tôt. Mais sache que… »

En gros, le secret, c’est un moyen comme un autre de tenir la sucette par le bâton.

lundi 7 mai 2012

Breve de RH 7 - Face à ses responsabilités

Lors d'un déjeuner, un collaborateur me fait savoir de manière plus ou moins subtile qu'il n'apprécie pas forcément la personne que je viens de recruter dans son service :

"Comme on devrait obliger les architectes à vivre dans les HLM qu'ils construisent, on devrait aussi obliger les ressources humaines à bosser avec les cons qu'ils recrutent..."

Ca a du sens mais je vais quand même passer mon tour.

mardi 24 avril 2012

Brèves de RH 6 - Non à la violence !

Alors que j'expliquais à une candidate que le manager qui l'avait rencontrée ne souhaitait pas retenir sa candidature :

"- Je suis désolé, mais vous n'allons pas poursuivre le processus de recrutement avec vous sur ce poste.
- Quoi ? Je ne suis pas retenue ? Mais je n'ai pas été violente pourtant !"

Ben encore heureux tient !

dimanche 1 avril 2012

Viré pour faute grave ! (1er avril ?)

Quand on parle de licenciement pour faute grave, on imagine toujours quelqu'un qui s'est fait prendre en train de piquer dans la caisse, quelqu'un qui a foutu le feu aux toilettes de l'immeuble ou encore quelqu'un qui a traité le plus gros client de la boite d'empaffé.

Et puis il y a des fautes graves ou lourdes qui sont juste incroyables, qui n'auraient dû exister que dans les comédies américaines pour ados attardés. Celle-ci est, selon moi, absolument ahurissante :
Aux derniers championnats du monde de tir au Koweïtt, Maria Dmitrienko, athlète Kazakhe, a fait la fierté de son pays en gagnant la médaille d'or. Mais l'hymne national qui a retenti au moment on lui a remis sa médaille n'était pas l'hymne officiel Kazakhe mais celui que les organisateurs ont trouvé sur internet, celui du film Borat de Sacha Baron Cohen. Si l'athlète a souri en l'entendant, je ne suis pas sûr que soit une bourde prise à la légère par les forces diplomatiques en jeu. Et j'ai la vague impression que le ou les responsables ont été virés manu militari.

Vous pouvez voir la vidéo en cliquant sur la photo de Maria Dmitrienko :
 

Pour ceux qui ne maîtrise par la langue de Shakespeare :
"L'industrie kazakhe est la plus grande du monde,
Nous avons inventé le caramel et les ceintures pour pantalon.
Les prostituées kazakhes sont les plus propres de la région,
A l'exception des Turkmènes bien sûr.
Kazakhstan, Kazakhstan, tu es un coin sympa,
Des plaines de Tarashek à la barrière nord de Villejuif,
Viens attraper le puissant pénis du leader à la base des couilles
Pour frapper son visage." (j'avoue que je ne suis pas sûr de la traduction sur ce coup-là)

dimanche 25 mars 2012

Les pissenlits par la racine

Les rayons du soleil donnaient à l'assemblée quelque peu morose un air champêtre et étrangement détendu. La brise bien qu'encore un peu vive annonçait un très beau printemps, sifflant gentiment dans les hautes branches, ne perturbant que très peu le discours du prêtre. Vraiment, si ce n'était pas pour enterrer M. Lejoit que nous avions été réunis ce matin-là, ça aurait pu être un chouette début de journée.

Je jetais un coup d'œil rapide à l'attroupement autour du trou : quelques vieilles biques en noir, deux vieux schnocks refoulant la naphtaline, trois ou quatre jeunes piquant du nez, pas grand monde en fin de compte. J'en étais même venu à me dire que ma boite avait eu raison de m'envoyer là, ne serait-ce que pour faire croire que M. Lejoit avait quelques amis.
Voyez-vous, M. Lejoit était un collaborateur de ma banque, mort sur le champ d'honneur, foudroyé par une crise cardiaque mercredi dernier à la machine à café. Ce n'était pas un type très sociable si bien que personne n'avait exprimé le souhait d'assister à son enterrement, malgré le jour de congé gracieusement offert pour l'occasion. Je m'y suis donc collé (contraint et forcé, je l'admets).
« - Alors W. ? On est à la fraîche ?
- Grégoire ? m'étonnais-je à voix basse, mais qu'est-ce que tu fous là ? »
Grégoire m'expliqua qu'en apprenant la mort de M. Lejoit avec qui il avait travaillé par le passé, il avait demandé à ses supérieurs l'autorisation de se rendre à ses funérailles.
« - J'ignorais que vous étiez proches.
- Pas le moins du monde, c'était vraiment un sale con.
- Grégoire !
- Pas étonnant d'ailleurs qu'il n'y ait pas plus de monde ce matin. Et toi ? Qu'est-ce que tu fais là ?
- On m'a forcé, le DG a trouvé que ça ne serait pas bon pour l'image de la banque si personne ne venait la représenter. M. Lejoit a quand même travaillé 17 ans pour nous.
- Et la bonne poire de service est encore et toujours Eddy Westmacott. Tu ne t'en tires pas mal cette fois-ci, c'est une belle journée de printemps pour faire l'école buissonnière.
- Mon temps libre, je préfère le passer ailleurs que dans les cimetières.
- Je ne vois pas ce qu'il te faut, c'est fleuri, c'est tranquille, bucolique même...
- Mais toi, si tu ne pouvais pas le sentir, qu'est-ce que tu fous là ?
- Jour de congé gratos ? Tu crois que j'allais laisser passer ça ?
- Tu ne bosses même pas pour notre boite, lui fis-je remarquer.
- Mais ta boite fait partie d'un groupe très généreux. Ils ont accepté de me filer ma journée pour venir.
- C'est surtout un groupe très crédule, ils ont même crus que tu avais un cœur.
- Bon, on sert deux ou trois paluches, on dit combien nous regretterons ce con de Lejoit et on se tire d'ici. T'as des plans pour cette après-midi W. ?
- Ben, je comptais retourner bosser...
- Quel fayot ! T'as vraiment dû te faire martyriser à l'école toi ! »

Nous suivîmes le programme de Grégoire à la lettre, la famille endeuillée remercia chaleureusement notre présence et nous filâmes en catimini nous installer sur la terrasse du bar PMU du coin.
« - Je n'en reviens pas que tu aies dragué la nièce de Lejoit, fis-je remarquer à Grégoire. Tu n'as aucune pudeur.
- Elle t'as parue choquée à toi ? Elle m'a refilé son numéro en moins de 10 minutes ! Si ça ne l'a pas dérangée elle, je ne vois pas pourquoi tu serais choqué.
- Pas faux.
- Il faut juste savoir profiter du moment présent Westmacott. On vient d'enterrer un mec d'à peine 55 ans ce matin, ça devrait te faire cogiter ça, non ? Carpe Diem, le temps qui file et toutes ces conneries, ça ne te vient pas à l'esprit quand on fout un autre que toi entre quatre planches de sapin ?
- Et le respect du défunt ?
- A la mémoire de M. Lejoit, dit-il en levant son verre, collaborateur émérite de ta boite de merde qui s'est sentie obligée d'envoyer un émissaire des RH pour la représenter, que c'est triste.
- A M. Lejoit.
- Faux cul, va ! Je suis sûr que tu ne connais même pas son prénom.
- Je ne pouvais pas le blairer non plus », reconnus-je avant d'engloutir une grande rasade de bière bien fraîche.
En fait, nous avons passé une après-midi plutôt agréable en soi. Nous avons, il est vrai, écumé plusieurs bars mais sans jamais exagérer sur les quantités d'alcool (enfin, pas d'après le peu que je me souvienne). Bien sûr, la mort récente de M. Lejoit nous a régulièrement entraîné sur des sujets déprimants et nous a fait jurer à plusieurs reprises de bien profiter de la vie (tout en maudissant nos entreprises respectives).

Le lendemain, un mal de crâne lancinant me faisait regretter le déroulement de ma journée de repos.
« - T'as une sale gueule, me fit remarquer Patricia avec son amabilité habituelle. C'était si difficile que ça l'enterrement de Lejoit ?
- Bof,
- T'as a intérêt à être d'attaque ce matin, le boss veut que tu trouves rapidement un remplaçant pour Lejoit.
- Un remplaçant ?
- Ben oui, tu croyais quoi ?
- C'est... c'est...
- Ô ça va, nous fais pas ta chialeuse. C'était pas une si grande perte que ça le père Lejoit je te rappelle. »
C'est idiot à dire, mais bien que j'ai été à son enterrement, ce n'est qu'à ce moment précis que j'ai vraiment réalisé le caractère définitif ce qui s'était passé la semaine dernière.
M. Lejoit, j'ai vu son cercueil de mes propres yeux mais il m'a fallu avoir entre les mains le formulaire ouvrant son remplacement au sein de notre entreprise pour réellement concevoir sa mort. Evidemment, la banque continuerait à vivre sans lui (peut-être même mieux aux dires de ses responsables), M. Lejoit et sa mort tragique à la machine à café seront vite oubliés en fin de compte (enfin, pas pour Mlle Beccolini qui l'a retrouvé dans une marre de café froid, je ne crois pas qu'elle sera prête de les oublier). Si vous trouvez que nous sommes bien peu de choses, dites-vous que dans le monde impitoyable de l'entreprise, c'est encore pire : un rouage, aussi gros soit-il, ça se remplace rapidement.
Je n'aime pas l'admettre mais dans le fond, c'est Grégoire qui a raison. Il profite du système, à grappiller des jours de congé en prétextant présenter ses derniers hommages à un macchabée. Ces quelques bières et ce numéro de téléphone échangé sont bien peu mais c'est toujours ça de pris et peut-être qu'il sera celui d'entre nous qui aura le moins de regret quand une attaque cardiaque nous terrassera à la machine à café du bureau...


Comme disait Ronsard : «Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie ».
Tant que ce n'est pas des pissenlits...

jeudi 8 mars 2012

Les 10 questions les plus débiles qu'on peut vous poser en entretien d'embauche 4/10

La question déstabilisante par nature : « Etes-vous vierge ? »

Mmmh, la question déstabilisante par nature, celle à laquelle on ne s'attend pas, celle qu'on ne devrait jamais entendre sur un lieu de travail (à dire vrai, de l'autre coté de l'Atlantique, le recruteur aurait rapidement un procès au cul pour harcèlement sexuel). Mais que peut-il bien se passer dans la tête du RH pour ne serait-ce qu'imaginer poser ce genre de question ?
Soyons clairs, si un recruteur vous pose cette question, ce n'est pas parce qu'il est intéressé par la réponse (enfin, si c'est le cas, reportez-vous à l'article "Faut-il coucher pour réussir") mais parce que la question déstabilisante devrait normalement lui permettre de vous observer hors du cadre formel de l'entretien. En entendant cette question, vous serez obligé de faire preuve d'imagination, de répartie et de flexibilité pour ne pas perdre la face, qualités nécessaires sur certains postes (commerciaux, négociateurs...).

Que faire dans ce cas ?
Ne pas s'outrer, lui retourner une gifle ou bredouiller pendant vingt minutes en essayant de comprendre comment un recruteur peut oser vous poser cette question. Non, vous devez répondre de la manière la plus naturelle possible, comme si cette question n'était pas dérangeante en soi et surtout, montrer que vous êtes capable de faire face à n'importe quelle situation, aussi gênante soit-elle.
La réponse ?
Évidemment, vous ne devez pas répondre par oui ou par non et encore moins donner des détails. Vous n'êtes pas sur le divan d'un psy et, oui, cette question et la réponse attenante sont définitivement déplacées : « Vous savez, j'ai perdu ma virginité en septembre 1987 avec la fille du voisin, Justine Lecoin, une petite brunette un peu moche mais ouverte d'esprit ».
La meilleure réponse à apporter est une autre question. Demandez à votre interlocuteur de se prononcer un petit peu plus sur le sujet (ce qui vous permettra d'éliminer définitivement la possibilité que la réponse sexuelle à cette question puisse intéresser le recruteur) : « Vierge de quoi ? Du secteur d'activité de votre entreprise ? »
On m'a dit une fois que la réponse parfaite était : « Je ne suis pas Vierge, je suis Capricorne ascendant Poissons ». Alors là, c'est vraiment faire preuve d'une sacrée répartie et ça peut en boucher un coin au type qui se sent si malin de vous poser cette question déstabilisante. Mais honnêtement, je ne sais pas si, à moins de connaître la réponse en avance, quelqu'un aurait pu y penser.

mercredi 29 février 2012

Les niches organisationnelles et le syndrôme du "service chameau"

Karim a la chance de travailler dans une entreprise en plein essor, jeune et dynamique : une entreprise de télé-marketing. L'un des principaux avantages à travailler dans une structure en plein développement, c'est que tout est à construire, l'un des principaux inconvénients, c'est que les ¾ de ce qui est construit est bancal comme pas permis.

Dans l'entreprise de Karim, si l'ensemble peut paraître cohérent et réfléchi au premier abord, on se rend vite compte que toute l'organisation est gangrénée par une multitude d'exceptions et niches, de petits espaces de liberté totale, véritables no-man's land créés à un moment donné afin de répondre à un besoin précis ou résoudre un problème à très court terme. Le hic, c'est qu'une fois la situation résolue, la niche est restée et est devenue pérenne, mettant à l'abri ceux qui ont réussi à s'y engouffrer.

Parmi ses niches en existe une que Karim à appelée le syndrôme du "service chameau", le "service chameau" étant un service à deux boss (à l'inverse du "service dromadaire" qui, on le suppose, n'aurait qu'un seul boss).

Pour en comprendre les origines, il faut rappeler que l'entreprise de Karim, comme beaucoup de structure, vit au fil de rachats, de fusions et de réorganisations internes mensuelles. Dans un tel chaos permanent, il devient donc très difficile pour les têtes pensantes de ne pas considérer les collaborateurs comme des pions que l'on déplace à sa guise, au fil des problématiques courantes. Ce fut le cas pour M. Martin : Ne sachant pas quoi faire de M. Martin lors de la précédente réorganisation, les directeurs n'ont rien trouvé de mieux que de le positionner en tant qu'adjoint auprès d'un Responsable qui n'en avait pas vraiment besoin. Karim s'est donc retrouvé avec un adjoint à ses côtés, sympathique au demeurant, mais qui ne devait son poste et son salaire qu'au manque de place dans d'autre secteur de l'entreprise. Tout le service a dû se réorganiser pour intégrer cet échelon supplémentaire, l'organisation créant ainsi du travail là il n'était pas forcément nécessaire. Qu'à cela ne tienne, il y a des situations auxquelles on ne peut rien faire que subir.
Mais le système a pu montrer par la suite son visage foncièrement perverti : quand l'Adjoint a donné sa démission, les têtes pensantes n'ont rien trouvé de mieux que d'imaginer que son poste était absolument nécessaire et qu'il fallait donc le remplacer. Karim a beau leur avoir expliquer par A+B que le remplacement de M. Martin était complètement inutile, le mal était fait ; le poste et la niche qu'il représente sont donc devenus pérennes par la force des choses, cqfd.

lundi 6 février 2012

Du galon mon cochon !

Le début d’année est un moment propice pour les promotions et autres signes extérieures de reconnaissance : augmentation (du flouze !), changement de statut (je deviens cadre ! Chouette mes cotisations augmentent !), formation ou séminaire (de la glandouille avec du pinard à volonté pendant deux jours !), changement d’intitulé de poste (je me distingue de la masse), nouvelles responsabilités (beuh L, du boulot en plus)…

Les moyens dont dispose une entreprise pour reconnaître les mérites d’un employé modèle sont nombreux et variés mais ils ne sont efficaces qu’à une seule et unique condition : que le principal intéressé aie bien compris le message sous-jacent et l’immense honneur qui lui a été fait. Le message passe donc mieux avec les répliques suivantes :
-         « Je me suis battu pour que tu obtiennes ceci »
-         « Toute la direction a estimé juste que cela te soit accordé »
-         « C’est passé de justesse mais je suis heureux de pouvoir t’annoncer que… »
-         « C’est un moyen pour nous de reconnaître ton potentiel au sein de l’équipe »

Et du coup, les principaux intéressés qui ont bien intégré le message (il y en a qui sont toujours un peu plus longs que les autres à la comprenette) se sentent pousser des ailes puisque, ne l’oublions pas, on vient de leur faire comprendre qu’il font désormais partie de la crème de la crème, le top du top, le gotha de l’entreprise.

Et quoi de plus agréable que d’avoir à supporter la morgue méprisante et le sourire en coin de ceux dont on a reconnu le talent au plus haut niveau, de ceux qui, portés par la gloire, ne peuvent que se sentir supérieurs aux péons vulgaires, à la masse grouillante et puante, aux autres mecs du bureau quoi !

C’est un bonheur sans nom, un bonheur encore plus appréciable quand on sait que cette promotion est probablement due à l’ancienneté, au hasard, à des négociations syndicales acharnées ou encore à une exécution pleutre de versets absconses et bureaucratiques d’une convention collective. Je sais de quoi je parle, dans mon long parcours de RH, j’ai vu plus d’une fois un mec gagner du galon, de l’argent ou un statut qu’il ne méritait pas vraiment, il avait juste eu la chance d’être là, au bon moment.
Dernier exemple en date : les accords d’égalité Hommes / Femmes. Ils sont tout à fait honorables sur le papier, mais quand on sait qu’une collaboratrice aux compétences moyennes par rapport aux autres a obtenu le statut de Cadre uniquement dans le but de rééquilibrer le ratio de représentants des deux sexes aux postes de cadre, il y a de quoi se poser des questions sur les fondements de cette manœuvre.

Bon, n’allez pas imaginer que ces quelques lignes soit l’expression d’une quelconque aigreur ou jalousie de ma part, bien au contraire ! Je serais le premier ravi de voir mes collègues feignants et incapables gagner en salaire ou en responsabilité (bon, j’avoue, je maîtrise moins bien l’ironie que le sarcasme). C’est juste qu’en tant qu’observateur externe à un service, j’ai pu observer cette autosuffisance insupportable et injustifiée à de trop nombreuses reprises. La collaboratrice en question, enorgueillie de son tout nouveau statut, s’est mise à considérer certaines taches trop peu valorisantes pour un Cadre et s’est donc permise de les déléguer à ses pairs non cadres. Elle a carrément imposé une frontière virtuelle à ses collègues, quitte à attiser cette colère aux yeux verts qu’est la jalousie. Bref, elle a foutu le feu au service et s’est fâchée avec tout le monde.

Et que peuvent faire ses collègues pour lui rabattre son caquet ? Ben, pas grand chose…

dimanche 22 janvier 2012

Brèves de RH 5 - C'est la faute à la crise

Le boss de Louise a eu l'audace de la lui sortir lors de son entretien de fin d'année :

" Bon Louise, cette année a été couronnée de succès pour toi : tu as réussi tous tes objectifs et au quotidien, tu peux me croire quand je te le dis, tu es vraiment l'élément fort de l'équipe. Malheureusement, à cause de la crise, le budget pour les primes annuelles a été revu à la baisse. Mais je me suis battu et j'ai quand même réussi à ce que tu obtiennes 300 euros." (pour info, Louise avait eu 500 euros en 2011)

Elle a bon dos la crise, Louise a appris deux jours plus tard que son manager avait bénéficié d'une prime de 1.500 euros supérieure à celle de l'an passé. Il a pas dû se battre bien bien fort...

dimanche 15 janvier 2012

Comment font les entreprises pour attirer les hauts potentiels ?





Viens à moi, beau potentiel, viens à moi
et je saurai te garder tout près de moi...
Je t'offrirai un plan de carrière, une grosse rémunération,
peut-être même des stock-options !
Avec moi, tu poursuivras ta formation,
je veillerai à ton évolution et à de belles promotions.
Et un jour, peut-être, si tu restes avec moi,
je te laisserais devenir mon unique Roi. 

dimanche 8 janvier 2012

Quelles sont les clauses que l'on doit relire dans un contrat de travail ?

En faisant un peu de tri dans ses papiers, Béatrice a retrouvé un contrat de travail datant de 2008. Elle a eu la surprise de découvrir que sur ce contrat qu’elle avait à peine parcouru avant de signer, le nom de Mademoiselle Elodie Géricho apparaissait une fois sur deux à la place du sien. En y regardant de plus près, elle vit aussi que les dates du contrat n’étaient pas les bonnes.

« - Tu penses que j’aurais dû faire plus attention avant de signer ? me demanda-t-elle.
- Il faut toujours faire attention à ce que l’on signe, la sermonnai-je, mais sincèrement, je ne pense pas que ça changera ta vie d’avoir signé un contrat foireux. Par contre, les RH de l’entreprise qui t’as embauchée, chapeau bas !
- C’est grave ?
- Dans ton cas, non, c’est passé inaperçu. Mais ça peut être assez dangereux pour une boite. Par exemple l’autre jour, j’ai relu un contrat que Patricia avait préparé. Il comportait qu’une toute petite erreur : elle s’était trompée sur la date d’arrivée du collaborateur entre 2011 et 2012. Si nous avions fait signer le contrat en tant que tel au salarié, il aurait pu demander une régulation sur l’année que, contractuellement, il venait d’effectuer chez nous.
- Une régulation ? Ça arrive souvent ?
- Non, la plupart du temps, comme toi, personne ne lit tout le contrat. »
 
En fait, au fil de ma carrière, j'ai pu m'apercevoir que le nombre de personnes lisant toutes les clauses d'un contrat de travail était ridiculement faible, peut-être même peut-on le qualifier d'infinitésimale. Si vous saviez le nombre de bêtises que j'ai pu voir passer dans des contrats de travail sans qu'aucun des signataires ne s'en rende compte... Les erreurs peuvent être minimes ou sans conséquence (fautes d'orthographe, erreur dans l'adresse...) ou absolument énorme (comme dans le cas de Béatrice par exemple), il y a en a pour tous les goûts.


Généralement, dans son contrat de travail, on vérifie :
  • la nature du contrat (CDD ou CDI),
  • le cas échéant, la durée du contrat et la période d’essai
  • le salaire
  • le poste (et encore, cette donnée passe souvent à la trappe)

Les infos qui seront vérifiées une fois sur deux sont :
  • son propre nom et son adresse
  • le lieu de travail (et éventuellement la clause de mobilité qui va avec)
  • le statut cadre ou non cadre
  • les horaires

Et puis, il y a les clauses très rarement parcourues, celles que personne ne prend la peine de lire parce que, soit on ne les comprend pas, soit on s'en fout éperdument :
  • l'affiliation à la mutuelle et à la prévoyance,
  • la clause relative au respect du règlement intérieur (document que personne ne lira par ailleurs)
  • la confidentialité
  • les clauses de droit à l'image...

C'est dommage que personne ne s'attarde pas plus que ça sur les différents éléments d'un contrat de travail. Voir la mine déconfite du RH quand vous lui faites remarquer une erreur grosse comme une maison dans votre contrat, ça vaut son pesant de cacahouètes ! Et surtout, ça vous permettra peut-être de découvrir des clauses bien sympathiques, des aspects contractuels que votre employeur se serait bien garder de vous détailler :
  • les clauses de non concurrence parfois assez fantaisistes et difficilement défendables pour un employeur.
  • les explications d'un RH sur une clause de dédit de formation peuvent aussi être l'occasion d'une franche rigolade !
  • les clauses sur les 35 heures et les heures supplémentaire sont aussi très jolies sur le papier mais bien loin de la réalité de votre manager direct (« Alors monsieur Martin, on part à 17h30 ? Vous avez pris votre après-midi ? »)

Et puis après, nous avons les clauses kafkaïennes, les clauses qu'on n'aurait même pas pu imaginer dans nos cauchemars les plus bureaucratiques, les clauses sorties de l'esprit vicieux d'un RH ou d'un dirigeant.
Le dernier exemple en date a fait du bruit, il faut dire qu'elle dépasse, et de loin, tout bon sens : la clause anti-suicide de Foxconn ! Afin de limiter un nombre croissant de suicides, cette société chinoise a imposé une clause indiquant que si le collaborateur mettait fin à ses jours, ses ayant-droits ne toucheraient que les indemnités minimales*. Classe, non ? Je l'admets, je ne connais pas très bien le droit du travail chinois (il doit être bien loin du droit français en tout cas) et je sous-estime peut-être la dimension culturelle dans cette affaire. Mais je trouve ça absolument merveilleux que face à une vague de suicides, les dirigeants de Foxconn (probablement des mecs intelligents, des gars qu'ont fait des études) ont pu imaginer qu'une ligne en plus dans un contrat de travail pourrait changer la donne. Enfin, en espérant que les collaborateurs de Foxconn lisent bien toutes les clauses de leur contrat de travail.



*Source :